Une amie d’écriture ayant ressorti un vieil album-photos, elle commente une photo de famille avec émotion, un autre ami renchérit ; c’est ainsi que poursuivant leur élan, j’ai ouvert « la boîte à souvenirs ». Je visualise diverses photos de famille, les plus anciennes sont en noir et blanc ; rangées par compartiments, je les décolle, blotties les unes contre les autres.
Voici les clichés des années 60 : après notre baptême, voilà « notre confirmation » : Hé, frérot, vise un peu « ma moue » ; oui, je boudais, ma tête encerclée d’une tresse de fleurs blanches. Je me remémore la scène, j’avais dit « non » aux parents ; « je ne suis pas photogénique pour un sou », leur avais-je dit… Les représailles arriveraient vite, je serais privée de dessert au repas familial, toi qui savais toujours garder ton sérieux face aux photos de famille, plus gourmand que moi, tu bénéficierais de ma part de gâteau, me narguant d’une vilaine grimace.
…Et ces repas de famille qui n'en finissaient pas ! Je ne buvais pas, mangeant peu. « Je m’embêtais », tiens, comme ma tantine Martine qui s’était déplacée de Paris ; elle aussi s’ennuyait ! Elle avait hâte de se lever de table. On se regardait, elle me faisait un clin d’œil complice, on se comprenait.
Je demandais toujours à m’asseoir à côté d’elle mais vu le nombre de prétendants qui se précipitaient -elle était encore célibataire-, je m’arrangeais pour être assise en face d’elle, je pouvais ainsi lui parler…
— Ah, comme je t’admirais, tantine !
Les résurgences affluent… une photo couleur m’interpelle. Celle de toi, tantine, lorsque tu chantes :
— Que tu es belle avec tes yeux de biche -couleur d'océan- surlignés d'azur ; ton teint précieux se rehausse d’un fond de teint Barbara Gould ; ton nez est fin, tes lèvres sont ourlées de beige rosé ; ton visage s'auréole de cheveux châtains, soyeux, coiffés en chignon ; des boucles d’oreilles Saphir soulignent tes oreilles délicates ; tu m’apparais telle une rose pourprée de porcelaine ou mieux une étoile scintillante nous éblouissant.
À l’époque, les cousins, les copains, les vieux te guignaient avec des yeux brillants ; quant aux femmes, elles rêvaient de te ressembler ! Certaines jalouses t’appelaient « l’aristo de la mode », d’autres en rajoutaient ! T’étais comédienne, tu jouais au théâtre… de quoi faire des envieux(ses) ! Dans la même lignée, je m’étais inscrite au cours de théâtre paroissial, sans pouvoir t'égaler.
Dans ce méli-mélo, je trouve ce tirage couleur sur papier glacé où tu posais, radieuse et insouciante, assise dans le pré auprès de Claudius, -ton pressant copain du moment-. Sa barbe était autant fournie que ses cheveux de jais ; il était beau avec son costume noir trois pièces. Il avait belle allure le Claudius ! Il te vouait une passion sans limite qui parfois, te dérangeait ; on l’appelait « l’amoureux de Peynet ». Tiens, à mieux regarder, cela me fait penser à ce tableau d’Auguste Renoir : « Les amoureux », que le peintre réalisa un siècle plus tôt, une huile sur toile immortalisant Henriette Henriot et Pierre-Désiré Lamy, me semble-t-il… Impressionnant comme vous leur ressembliez !
Chère tante Martine, je t’ai retrouvée… en contemplant ma grande sœur Claudia... c’est elle qui te ressemblait le plus. Seule la couleur des cheveux différait, les siens étaient noirs puis furent teints en roux ; sinon, même regard, même beauté, même classe... sauf que l’apparence avait changée ; Claudia portait les cheveux coupés au carré, elle était aussi jolie en mini-robe qu'en jupe midi vintage, ou pantalon à pattes d'éléphant, capeline, cuissardes... d'un style seventies.
Notre bellissima Claudia ne fit pas de théâtre mais monta souvent sur scène ! Il faut que je vous dise qu’elle suivait tous les concerts des
Claudia aimait beaucoup chanter et monta en « voix d’alto ou soprano » perpétuant jusqu’au ciel… les belles voix de Piaf et tantine. Claudia, tu nous enchantes encore à 75 ans -à nous faire pleurer-, lorsque tu reprends les magnifiques chansons d’Edith : « Milord - La vie en rose - L'homme à la moto - Padam… ».
Ô ma sœur ! s’il te plaît ! Chante-moi aussi :
Quand ces nuages vont-ils disparaître ?
Angie, Angie
Où cela nous mènera-t-il ?
Sans amour dans nos âmes
Et pas d’argent dans nos manteaux
Vous ne pouvez pas dire que nous sommes satisfaits
Angie, Angie
Tu ne peux pas dire qu’on n’a jamais essayé
Mais n’est-il pas temps de dire au revoir ?
Angie, je t’aime toujours
Tu te souviens des nuits où on a pleuré ?
Tous les rêves étaient si proches
Tout semblait partir en fumée
Laisse-moi chuchoter à ton oreille
Angie, Angie
Où cela nous mènera d’ici... »
et bien! ça en a fait remonter, des souvenirs! un vrai grand travail de mémoire familiale!
RépondreSupprimerMerci chère Adrienne, je suis touchée par ton gentil message ! Douce soirée, à demain sur ton blog !
RépondreSupprimerc'était moi bien sûr !
RépondreSupprimermerci!
Supprimerj'avais deviné :-)
blogspot est probablement l'hébergeur le plus contraignant pour les commentateurs, s'il l'est même pour le tenancier :-)
Hé Bé ! C'est quasiment le début d'un roman d'une saga familiale !
RépondreSupprimerBien écrit et documenté.
Si je puis me permettre : il manque peut-être un peu d'action, pour mieux soutenir l'attention du lecteur.
… Vivivi ... cher AlainX ... je sais, je sais qu’en fait, l’on ne sait jamais rien … même si un jour, je faisais le tour de « la nouvelle » ou d’autre thème d’écriture, je ne saurai toujours rien...
RépondreSupprimerCe week-end, je me suis retournée sur mes souvenirs d’enfant… puis à ceux de onze, douze ans et plus... L’écriture a fusé longuement, avec cette particularité d'écrire rarement « court ».
J’apprends au sein de votre groupe de nouvellistes ; d’ailleurs, je n’avais pas envie d’une « fin », d’une chute... juste de poser ces jours de joie que l’on n’oublie pas … quant à la tristesse, on n’oublie rien…
Pour conclure, je citerai le grand Jean Gabin : « … Toute ma jeunesse, j'ai voulu dire je sais / Seulement, plus je cherchais / Et puis moins j'savais … Maintenant je sais, je sais qu'on ne sait jamais … ».
C'est un bouleversant témoignage que tu dédies à ta chère tante ! J'ai moi aussi des photos par centaines (mon papa était photographe) et que nous avons mises dans de très grandes boîtes plutôt que dans des albums. Il y a longtemps maintenant qu'elles dorment dans une malle que nous n'ouvrons plus, mais chacun sait que le jour où l'envie nous prendra, nous ouvrirons la malle aux trésors. Je les ai toutes annotées au dos, car je suis la dernière à pouvoir identifier celles et ceux qui figurent sur ces photographies
RépondreSupprimerChère Gwen, je pense effectivement que ... même si ces trésors, réminiscences vivent au fond d'une boîte, d'une malle... les êtres chers, souvenirs et +++ ... restent infiniment gravés en nous, en nos cœurs, nos âmes ! Merci beaucoup !
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